Que sont les NMP?

Néoplasmes myéloprolifératifs (NMP) est le nom donné à un ensemble de maladies parfois appelées cancers du sang.

Les NMP prennent naissance dans la moelle osseuse – le tissu mou situé au centre des os où se créent les cellules sanguines. Chez une personne en bonne santé, la moelle osseuse fabrique des cellules sanguines souches qui, au fil du temps, se transforment en cellules sanguines matures – globules rouges, globules blancs ou plaquettes.

Chacune de ces cellules sanguines « matures » est essentielle au maintien d’une bonne santé. Les globules rouges transportent l’oxygène et d’autres substances aux tissus de l’organisme; les globules blancs combattent les infections et les maladies; les plaquettes contribuent à éviter la survenue d’hémorragies en causant la formation de caillots sanguins.

Les NMP constituent des troubles des cellules souches et ils se développent lorsque des cellules souches anormales produisent des quantités excessives d’au moins un de ces types de cellules sanguines. Puisque ces cellules sont incapables de fonctionner adéquatement, elles peuvent déclencher de graves problèmes de santé si elles ne sont pas traitées et maîtrisées.

On ne retrouve pratiquement jamais de NMP chez les enfants et leur présence est très rare chez les jeunes adultes. Les trois maladies touchent principalement les personnes de plus de 50 ans.

Il faut garder à l’esprit que les NMP sont des maladies chroniques – dans la plupart des cas, elles demeurent stables pendant des années ou elles évoluent de façon graduelle au fil du temps. Nombre de personnes atteintes de NMP mènent une vie normale durant des années sans présenter de complications.

Les différents types de NMP chroniques

Il existe quatre principaux types de NMP chroniques; ils se distinguent principalement par le type de cellules sanguines produites en quantité excessive qui prédomine sur les autres.

Thrombocythémie essentielle (TE): la TE (anciennement appelée thrombocythémie primitive) survient lorsque la moelle osseuse produit une quantité de plaquettes supérieure au besoin de l’organisme. Les plaquettes servent à la coagulation sanguine, mais puisqu’on les retrouve en quantité excessive chez les personnes atteintes de TE, elles ne fonctionnent pas adéquatement et entraînent de graves complications comme la thrombose – lorsque l’excès de plaquettes forme un caillot sanguin qui bloque une veine ou une artère et, par le fait même, la circulation sanguine – et des saignements excessifs.

Myélofibrose (MF): la MF est un trouble de la moelle osseuse. Elle survient lorsque des cellules souches anormales logées dans la moelle osseuse produisent une trop grande quantité de cellules matures, ce qui entraîne de l’inflammation chronique et la formation de tissu cicatriciel (fibrose). Cette fibrose signifie que la moelle n’est pas en mesure de produire une quantité suffisante de cellules sanguines. Le foie et la rate compensent alors en produisant leurs propres cellules sanguines, ce qui entraîne leur gonflement et peut mener à l’insuffisance hépatique. La MF peut aussi causer de l’anémie et des cas d’hémorragies, en plus d’exposer les personnes atteintes à un risque accru d’infections.

Polycythémie vraie (PV): en cas de PV, il y a une surproduction de globules rouges (la production de globules blancs et de plaquettes est également accrue). Une augmentation du nombre de globules rouges rend le sang plus épais que la normale, ce qui facilite la formation de caillots sanguins. Près de 30 % des patients atteints de PV présentent des caillots sanguins. Ceux-ci peuvent à leur tour bloquer des artères ou des veines, provoquant ainsi des complications comme une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. Puisque le sang plus épais ne circule pas aussi rapidement dans l’organisme que le sang normal, les organes du corps souffrent d’un manque d’oxygène, ce qui est susceptible d’entraîner d’autres problèmes graves comme l’angine et l’insuffisance cardiaque.

Leucémie myéloïde chronique (LMC) la LMC constitue également un NMP. La LMC est un trouble hématologique évolutif et chronique qui entraîne une production anormale de cellules sanguines par les cellules souches de la moelle osseuse. On retrouve chez la plupart des personnes atteintes de LMC une mutation génétique au sein de laquelle le matériel génétique d’un chromosome est transféré à un autre chromosome. Le chromosome qui découle de cette mutation est appelé chromosome Philadelphie. Cette anomalie chromosomique entraîne une surproduction importante de globules blancs par la moelle osseuse.

Voici des types de NMP moins fréquents :

  • Leucémie chronique à neutrophiles (LCN)
  • Leucémie chronique à éosinophiles (LCE)/syndrome hyperéosinophilique
  • Leucémie myélomonocytaire chronique (LMMC)
  • Mastocytose systémique

La TE, la MF et la PV sont des maladies étroitement liées entre elles, et les personnes atteintes peuvent présenter des symptômes similaires comme de l’anémie et des démangeaisons. Un symptôme fréquent chez toutes les personnes atteintes de NMP est l’hypertrophie de la rate (splénomégalie); elle touche jusqu’à 75 % des patients atteints de PV et survient lorsque la rate compense le mauvais fonctionnement de la moelle osseuse en produisant des globules rouges (érythropoïèse extramédullaire), entraînant ainsi l’augmentation de son volume. Dans certains cas, le foie peut également augmenter de volume (hépatomégalie).

Qu’est-ce qui est à l’origine des NMP?

Nous ne savons pas exactement ce qui cause les NMP. Nous ne connaissons aucun facteur qui déclencherait à lui seul la PV ou la TE – elles sont le résultat d’un ensemble de différents facteurs. La MF est légèrement différente parce qu’elle peut se manifester seule (idiopathique) ou, dans certains cas, survenir chez les personnes atteintes de TE ou de PV (MF secondaire).

Rôle des cellules souches: es NMP sont souvent appelés « troubles des cellules souches monoclonales du sang », ce qui signifie qu’ils sont causés par un changement (ou une mutation) survenu dans l’ADN d’une seule cellule sanguine. Ce changement provoque la formation de cellules sanguines anormales et la surproduction de cellules sanguines. En cas de NMP, le changement dans l’ADN d’une seule cellule souche sanguine (aussi connu sous le nom de mutation primaire) se propage lorsque la cellule souche affectée se divise pour produire d’autres cellules souches identiques, c’est-à-dire des clones, qui présentent toutes la même anomalie.

Mutations génétiques: On a identifié un bon nombre de mutations génétiques chez les personnes atteintes de NMP, notamment des mutations des gènes JAK2, MPL et CARL. De 50 % à 60 % des patients atteints de MF présenteront une mutation du gène JAK2, 24 % celle du gène CARL et entre 5 % et 10 % celle du gène MPL. Environ 95 % des personnes atteintes de PV présentent une mutation du gène JAK2. Près de 60 % des personnes atteintes de TE présentent une mutation du gène JAK2, 30 % celle du gène CARL et 5 % celle du gène MPL.

Manque d’oxygène: Un autre type de polycythémie, appelée polycythémie secondaire, n’est pas associé à la modification du gène JAK2; elle est plutôt entraînée par une exposition à long terme à de faibles teneurs en oxygène. Si votre organisme reçoit un apport en oxygène trop faible, il produit davantage d’une hormone appelée érythropoïétine (EPO), ce qui peut entraîner à son tour une surproduction de globules rouges. Ce phénomène cause l’épaississement du sang et la PV. Par conséquent, les personnes ayant de graves maladies du cœur ou des poumons sont plus susceptibles d’être atteintes de polycythémie secondaire, tout comme les fumeurs, les personnes qui passent de nombreuses heures en haute altitude ou qui sont exposées à des concentrations élevées de monoxyde de carbone.

Autres facteurs de risque connus des NMP

Un bon nombre de facteurs peuvent faire augmenter le risque de survenue de NMP.

  • Substances chimiques et radiation. L’exposition à certaines substances chimiques et à la radiation peuvent augmenter les risques, mais il est extrêmement rare qu’on les retrouve en concentrations assez élevées pour causer la maladie.
  • Maladie auto-immune. 2.Une étude a révélé que des antécédents de toute maladie auto-immune étaient associés à une augmentation du risque « modeste, mais significative sur le plan statistique » de NMP.
  • Antécédents familiaux. 3.Bien que les NMP ne soient pas censés être héréditaires, une étude a révélé que les proches de premier degré des personnes atteintes de NMP sont plus susceptibles d’en être atteints à leur tour, ce qui suggère que les membres proches d’une famille auraient des gènes qui les prédisposeraient aux NMP. On a aussi signalé des groupes de familles ayant des NMP, ce qui porte à croire que les NMP pourraient être héréditaires chez certaines personnes.
  • Âge. Les NMP touchent essentiellement les personnes de plus de 50 ans. Des mutations surviennent fréquemment dans les cellules qui se divisent et les cellules saines possèdent des mécanismes perfectionnés pour freiner ces anomalies. Toutefois, plus nous vivons longtemps, plus nous risquons d’avoir des mutations capables de contourner de tels mécanismes. C’est pourquoi les NMP sont plus fréquents chez les personnes de 50 ans et plus.
  • Sexe. 5.La TE touche 2 fois plus de femmes que d’hommes. La PV atteint légèrement plus souvent les hommes que les femmes, alors que la MF touche à peu près la même quantité d’hommes et de femmes.
  • Ethnie. Des études ont démontré que la MF est plus fréquente chez les personnes blanches que chez les personnes de toute autre ethnie. On a également décelé une prévalence accrue chez les Juifs ashkénazes.

Les NMP sont-ils fréquents?

La plupart des personnes qui reçoivent un diagnostic de NMP n’ont jamais entendu parler de cette maladie auparavant. On ne la retrouve pratiquement jamais chez les enfants et elle survient très rarement chez les jeunes adultes (particulièrement la MF et la PV). Les trois maladies touchent principalement les personnes de plus de 50 ans.

Thrombocytémie essentielle (TE): La prévalence de la TE aux États-Unis en 2010 variait entre 39 et 57 cas par 100 000 habitants. Elle est plus fréquente chez les personnes de plus de 60 ans, même si 20 % des personnes atteintes de TE ont moins de 40 ans. L’âge moyen au moment du diagnostic se situe entre 65 et 70 ans. Elle est plus fréquente chez les femmes; deux fois plus de femmes que d’hommes reçoivent un diagnostic de TE.

Myélofibrose (MF): En 2010, aux États-Unis, la prévalence de la MF variait entre 3,6 et 5,7 cas par 100 000 habitants. Le diagnostic de MF peut être posé chez des patients de tout âge, mais il est plus fréquent chez les personnes de 60 à 70 ans; la MF touche à peu près le même nombre d’hommes et de femmes. Environ un tiers des personnes recevant un diagnostic de MF avait préalablement reçu un diagnostic de PV ou de TE. On l’appelle alors myélofibrose consécutive à une polycythémie vraie (MCPV) ou myélofibrose consécutive à une thrombocythémie essentielle (PET-MF).

Polycythémie vraie (PV): En 2010, la prévalence estimée de la PV aux États-Unis variait entre 45 et 57 cas par 100 000 habitants. On la retrouve très rarement chez les enfants et les jeunes adultes et plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes; elle touche principalement les personnes de plus de 50 ans.

Poser un diagnostic de NMP

Poser un diagnostic de NMP peut se révéler difficile. Lors des premiers stades de la maladie, les patients ne présentent habituellement aucun symptôme, et même lorsque des symptômes se manifestent, comme la fatigue, on les confond souvent avec des signes d’autres maladies. Il n’est pas rare qu’un NMP soit détecté lors d’examens passés pour d’autres problèmes de santé. Pour poser un diagnostic de NMP, les médecins ont recours à divers examens : analyses de laboratoire, examens physiques, tests de sang et de la moelle osseuse. Les examens courants peuvent comprendre :

Examen physique. On procède à l’examen du corps pour détecter tout élément qui semble inhabituel. Un médecin dressera également un portrait de votre santé, en notant vos antécédents de maladie et de traitement et tout renseignement pertinent par rapport à votre mode de vie

Formule sanguine complète. On prélève un échantillon de sang pour examiner:

  • Le nombre de globules rouges et de plaquettes
  • Le nombre de globules blancs
  • La concentration d’hémoglobine (la protéine qui transporte l’oxygène) présente dans les globules rouges
  • La portion de l’échantillon qui est constituée de globules rouges

Frottis du sang périphérique. L’échantillon de sang est examiné en vue de repérer:

  • Des globules rouges en forme de larme
  • Le nombre et le type de globules blancs
  • Le nombre de plaquettes
  • La présence de cellules blastiques

Ponction par aspiration et biopsie de la moelle osseuse. On procède à un prélèvement de la moelle osseuse, de sang et d’un petit bout d’os en insérant une aiguille creuse dans l’os de la hanche ou le sternum. On examine ensuite le prélèvement afin de déceler toute cellule anormale.

Analyse cytogénétique. On observe les échantillons de sang ou de moelle osseuse au microscope afin de détecter certains changements dans les chromosomes, ce qui pourrait permettre de poser un diagnostic de certains troubles ou maladies, ou de les exclure.

Test de mutation génétique. Les échantillons de moelle osseuse et de sang sont analysés en laboratoire en vue de déceler des mutations génétiques. On retrouve souvent la mutation du gène JAK2 chez les patients atteints de polycythémie vraie, de thrombocythémie essentielle ou de myélofibrose primitive. Les patients atteints de thrombocythémie essentielle ou de myélofibrose primitive présentent des mutations des gènes MPL ou CARL.

Apprenez-en davantage sur chaque NMP:

Les effets possibles des NMP sur les différentes parties du corps

Cerveau

L’épaississement du sang ou un nombre accru de plaquettes peut causer la formation de caillots sanguins dans les artères nuisant ainsi à l’approvisionnement en sang et en oxygène au cerveau. Ce phénomène peut entraîner un accident vasculaire cérébral.

Cœur

Dans le cas de la PV, une faible concentration d’oxygène dans le sang peut entraîner l’insuffisance cardiaque et l’angine (douleur à la poitrine).

Foie

En ce qui concerne la MF et la PV, le corps utilise d’autres organes, plutôt que la moelle osseuse, pour produire des cellules sanguines. Cela peut causer l’augmentation du volume du foie (hépatomégalie).

Rate

La MF et la PV touchent la moelle osseuse et sa capacité à produire des globules rouges. Par conséquent, la rate peut prendre la relève pour assumer la tâche, ce qui entraîne l’augmentation de son volume (splénomégalie). L’hypertrophie de la rate peut exercer une pression sur l’estomac, causant une sensation de satiété, des indigestions et la perte d’appétit, ce qui peut entraîner une perte de poids.

Sang

Dans le cas de la PV, les cellules sanguines supplémentaires circulent plus lentement et elles contribuent à épaissir le sang, ce qui peut causer la formation de caillots, des saignements excessifs et des ecchymoses. Dans le cas de la TE, la surproduction de plaquettes peut également entraîner la formation de caillots sanguins. De tels caillots peuvent nuire à l’approvisionnement en sang et en oxygène au cœur (pouvant causer une crise cardiaque), au cerveau (pouvant déclencher un accident vasculaire cérébral) aux poumons, aux reins et au foie. Dans le cas de la MF, les changements qui touchent les cellules sanguines tendent à entraîner une faible concentration d’oxygène dans les globules rouges, pouvant ainsi provoquer de l’anémie, une sensation de fatigue, un souffle court et de l’essoufflement chez les personnes atteintes.

Peau

Un taux de globules rouges plus élevé que la normale peut entraîner un teint rougeâtre ainsi que la rougeur de la paume des mains, de la plante des pieds, des lobes d’oreilles, des membranes muqueuses et des yeux. La transpiration excessive, particulièrement la nuit (sueurs nocturnes), et les démangeaisons (prurit) peuvent également être entraînées par les NMP; l’inflammation chronique est habituellement à l’origine de ces symptômes.

Mains et pieds

La PV et la TE peuvent toutes les deux entraîner une intense sensation de brûlure et accroître la température de la peau au niveau des pieds (et parfois au niveau des mains). Ce phénomène est appelé érythromélalgie.

Os

Le durcissement de la moelle osseuse et l’inflammation du tissu conjonctif entourant les os peuvent entraîner des douleurs intenses aux os ou aux articulations.

Articulations

Dans le cas de la MF, les cellules sanguines supplémentaires peuvent mener à une accumulation d’acide urique, entraînant une enflure douloureuse dans une articulation (arthrite goutteuse), habituellement le gros orteil.